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05/12/2013

La soupière

rare-soupiere-haviland-terrine-ch-field-limoges-famille-rose-1941-unique-970937085_ML.jpgLe marteau du commissaire-priseur vient de retomber dans un bruit sourd, le verdict est tombé. La messe est dite: la soupière est partie à deux euros. Deux euros, je ne vaudrais donc pas plus de deux euros, deux malheureux petits euros après presque deux siècles de bons et loyaux services !

J'ai été d'abord la plus jolie pièce d'un service de table magnifique, je me souviens encore de l'éblouissement de Lise, la jolie mariée, lorsqu'elle m'a découverte dans sa corbeille de noces. Elle tapait des mains comme une enfant, il est vrai qu'elle n'avait que seize ans le jour de son mariage avec Henri. Sa marraine lui avait offert ce bel ensemble de vaisselle en porcelaine et moi, la soupière blanche au décor fleuri, j'en étais la pièce maîtresse.

Ah ! J'en ai eu des moments de gloire, placée au milieu de la table, toute remplie d'un potage fumant. Entre les repas, j'avais la place d'honneur sur le buffet de la salle à manger. Tout le monde m'admirait et Lise se rengorgeait.

Lorsque les enfants sont arrivés et que la tablée s'est agrandie,mon ventre s'est rempli plus encore. Jaimais ces moments où Lise plongeait la louche dans mes entrailles rebondies.

Mais le temps a passé, les petits ont grandi.Restés seuls, Lise et Henri se contentaient de souper dans la cuisine et je ne quittais plus guère le dessus du bahut;Puis Henri s'en est allé, Lise a vieilli doucement, elle ne me regardait plus beaucoup, parfois pourtant elle prévenait son aide-ménagère :" Attention à ma soupière, j'y tiens vous savez !".

Lorsque la vielle dame est partie en maison de retraite, sa fille aînée a soupiré: " Mais que va-t-on faire de toutes ces affaires, comme cette soupière par exemple ! Personne ne se sert plus de ça de nos jours ! "

Je me suis donc retrouvée dans une malle au grenier, j'y suis restée quelques années.

La maison était silencieuse, j'ai fini par m'endormir. Un jour, des bruits m'ont réveillée : des portes qui s'ouvrent, des volets qui claquent, l'escalier qui grince. La poussière s'envole, les cartons sont vidés. On me sort de ma cachette. Des voix s'élèvent :

- Si tu prends le service de Mamy, j'emporte les verres !

- Ah non ! ils sont en cristal !

- Oui, mais toi tu as déjà la pendule ! "

Et voilà qu'on se dispute pour moi, cela s'appelle l'héritage.

Est-ce que je vais retrouver ma place et mon honneur sur le bahut de la salle à manger ?

Pas du tout ! Bien enveloppée, je suis partie en voyage, il paraît que je revenais à Fanny, la petite-fille de Lise. Je suis sa " part ".

Elle m'installe au milieu du salon, sur une table basse, me remplit de mille petites choses, bonbons, pièces de monnaie, clés, boutons, bouts de ficelle...

Je suis heureuse car à chaque visite, j'entends des compliments.

" Elle est jolie cette soupière ! Ancienne, non ? Ils faisaient du beau travail en ce temps-là ! Regardez la finesse de ces fleurs ! "

 

Et puis un beau jour, patatras, le malheur est arrivé. J'ai fait une chute et j'ai perdu une oreille. Fini les compliments. Même l'anse recollée, je suis restée comme bancale. On m'a reléguée dans le fond d'un placard.

Et c'est ainsi  que je me retrouve dans une salle de vente, adjugée pour deux euros, je me sens humiliée. Mais quelle est cette voix juvénile ?

" Oh ! Quelle chance ! Depuis le temps que j'en cherchais une comme celle-ci... Elle ressemble à celle de ma grand-mère. Bah ! Elle a bien ce petit défaut, là, mais au moins la preuve qu'elle a servi, c'est plus authentique comme ça ! "

Et après tant d'années d'infortune, je me retrouve à la place d'honneur, sur le dessus d'une belle cheminée, entre une lampe ancienne et un cadre en argent.

L'appartement est joliment décoré. Marylou et Thomas, les propriétaires, sont très fiers de leur trouvaille et lorsqu'ils reçoivent leurs amis autour d'un couscous ou d'un pot-au-feu, ils m'apportent joyeusement sur la table.

J'ai de nouveau l'allure de ma jeunesse, un fumet odorant s'échappe de mon couvercle et j'apprécie, à leur juste valeur, les exclamations de plaisir des convives.

Je suis enfin redevenue une soupière heureuse.

 

Bonne nouvelle

Commentaires

la soupière une pièce maitresse du passé comme l'armoire !
amitiès

Écrit par : ventdamont | 05/12/2013

quel beau texte ! c'est très touchant cela me rappelle quelques vers
"objets inanimés avez vous donc une âme
qui s'attache a notre âme et nous force à l'aimer "
bonne journée

Écrit par : josette | 05/12/2013

Coucou Marie-Thé !
Joliment raconté l'histoire de cette soupière qui en a vu du monde autour d'elle.
Ici soleil après la grisaille matinale. Gros bizoux tout Doubs !

Écrit par : françoise la comtoise | 05/12/2013

la mode des soupières est passée Ce sont surtout les collectionneurs qui les recherch
Celle là est jolie et son histoire bien contée belle journée Bises Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 05/12/2013

Un moment de... tendresse pour cette soupière qui l'a bien méritée !
Bonne soirée, bises,
Gérard.

Écrit par : CHAP | 07/12/2013

On dirait un conte écrit par un enfant pour le certificat d'études.

Les modes changent et je vois ma fille revenir aux anciennes assiettes des années 30 qu'elle va chiner ! Nos ménagères des années 60 - 70 n'ont plus la côte.

Bises du grillon

Écrit par : Christian | 03/01/2014

Les commentaires sont fermés.

 
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