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10/04/2009

suite...Mort et Résurrection

Quand l'heure de m'étendre avec toi dans la tombe
Tout entier me transporte au seul Vendredi-Saint,
Entre Ton corps et Ton gibet je suis Ton ombre
Mourant du même coup qui Te perce le sein

La Mère- elle reçoit ce fruit jumeau qui tombe
Au giron s'affaissant sous le fardeau divin,
Ses larmes lourdes sur son Fils roulent des mondes
Dont l'orbe est à jamais tracé dans mon destin

La dalle roule : et double aux deux coeurs creux résonne
Le Néant- cette attente où qui attend ? personne
Où qui se tend ? la nuit dans le cadavre, sans

Que rien, pas même Dieu, ne sache que vont suivre
La force, la rupture et le triomphe ! l'ivre
Couple pascal de l'homme-Dieu se dédoublant.

II

Les bourreaux les badauds goûtent le frais du soir
Et flânent sur ta pente, mont terrible ! Ô ville
Jardin de roses au couchant, un air tranquille
( Venu des temps) polit ton repos de miroir.

Loin, chétif, le dolent cortège dodeline
- Un rais d'ongle sur l'horizon. Dans le ciel haut
L'indifférence au front auguste est sans défaut :
Des pierres monte la louange. Dieu n'incline

Vers la terre Sa main de rosée que rêvant
Tel un dormeur le long de sa couche. Le vent
Naissant des plis de la nuit vaste qui s'avance

Ne trouble ni la paix des cèdres ni le vol
De ces vautours vers les déserts. Seule, une absence
Les bras en croix s'étonne immense sur le sol.

IV

Mais Dieu jamais ne ressuscite de ce mort
Que n'éveilleraient point les Pâques éternelles !
Vivre en ne faisant qu'un avec sa tombe, telle
Est la Loi. Ces deux soeurs, la naissance et la mort

Mûries ensemble au sein de la commune Mère
Se partagent la veillée longue, en échangeant
Des signes par-dessus le cadavre. Ô vivant !
Si leur voix ne te trouble en ton exil de terre

C'est que tu es vraiment de ce monde, un absent
Un mort-né qui survit à son ombre. Le temps
Cette coutume invertérée de ne pas être

Ayant séché d'oubli ton Dieu, ton corps est seul
Deux soeurs sombres tirant ta vie comme un linceul
Sur ce Dieu mort auquel tu défends de renaître.

(Le Poète et son Christ)

PIERRE EMMANUEL (1916-1984)

00:10 Publié dans poésies | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bonjour Marie Thérèse

Quelle exigence envers Dieu dans ces lignes farouches.

Il ne devait pas être tiède dans ses sentiments, ce chrétien de poète.

Mais n'est-il pas un peu complexe ?

Bises du grillon qui a un faible pour la foi des charbonniers.

Écrit par : christian | 11/04/2009

Coucou !

Beau poème sur la croyance .
Joyeuses Pâques Marie-Thérèse !

Bizoux Françoise !

Écrit par : françoise la comtoise | 11/04/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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