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06.10.2008
Lettre à des amis perdus
Vous étiez là je vous tenais
Comme un miroir entre mes mains
La vague et le soleil de juin
Ont englouti votre visage
Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d'eux n'est revenu
Je continue à vous écrire
Tous le mois d'août s'est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j'ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez
Maintenant j'aie peur de l'automne
Et des soirées d'hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups
Venez donc car je vous appelle
Avec tous les mots d'autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j'ai des trous noirs dans les ailes.
René Guy Cadou.
( " Venez donc car je vous appelle ",
dit La lettre à des amis perdus,
et l'amour qu'il portait à celle qui devint
sa femme, cet amour qui a inspiré à
René Guy Cadou le magnifique recueil
Hélène ou le Règne végétal (1952-1953),
où s'unissent symboliquement dans le titre,
à la foi la femme et la nature,en un seul élan...
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Une rose d'automne
C'est une houppe de senteur, c'est un nid d'ailes de
papillon. Cest une étoile de la danse.
Elle s'épanouit trop vite dans une flûte d'eau pure,
près de la lampe. Chaque matin je donne un coup de
canif à sa tige. Elle qui s'élançait gracieuse, elle ne
sera bientôt qu'une naine. Déjà elle perd pied, et le col
de sa flûte la serre.
Elle regarde toujours de mon côté d'un oeil voilé de
multiples paupières.
Oui, si je dis des vers, elle m'écoute, comme une
oreille penchée.
Ce soir, sa première feuille tombe, avec le bruit seu-
lement qu'il fallait pour m'avertir.Puis une autre se
détache. C'est son automne qui commence.
Elle ne se dépouille qu'à regret, et s'arrête souvent,
prise de pudeur.
Il faut que je l'aide, que d'un doigt sensuel, j'écarte
ses dessous à peine rosés et que j'aille jusqu'au coeur.
Et le coeur aussi se désagrège.
Longtemps ses parfums lui survivent et flottent,
libres, autour de moi.
Des feuilles mortes, j'applique à mon front les plus
fraîches, que la chaleur recoquille.
Je mâche mélancoliquement le reste.
Bucoliques (1898)
Jules Renard
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